- Rappelle-nous comment s'est effectuée ta transition du tri. olympique fédéral au tri XTerra ?
Après 2 olympiades ratées à chaque fois de peu (2 fois suppléante), la question de «renquiller » jusqu’à Londres s’est forcément posée.
Le contexte fédéral peu séduisant, mais surtout l’envie de découvrir une autre facette du triathlon ont fait que j’ai « choisi » de tourner la page olympique.
Je me suis donc essayée en 2009 sur 1 XTERRA en Allemagne et un 70.3 (Monaco) histoire de voir.
Paradoxalement je m’étais bien mieux exprimée sur le Half Ironman (de par mes bases), mais mon cœur a vraiment basculé du côté du XTERRA.
J’ai été séduite par ce côté nature, aventure, vtt, spécificité, état d’esprit et où malgré une gestion de l’effort, l’intensité est intense par rapport au 70.3.
J’ai chopé cet « XTERRA Virus » dont je ne recherche absolument pas le vaccin pour en guérir !!!
- Comment as-tu vécu cette "éviction" de la PO ? Tu avais gravi les "échelons" sans faux pas jusque-là (juniors, seniors, JO...) - pensais tu qu'on puisse se passer de toi pour les prochaines olympiades ? Avec le recul, en gardes-tu de la rancoeur sur la décision qui t'a été exposée ou la manière ?
J’ai toujours été très fière de porter le maillot de l’équipe de France et me suis toujours battue pour lui faire honneur.
En Janvier 2009, après 4 années éprouvantes tant physiquement que psychologiquement dans la quête d’un dossard olympique (et un retour au plus haut niveau après un gros pépin physique en 2005), j’ai refusé pour des raisons éthiques de participer au protocole des chambres hypoxiques (à l’époque obligatoire, mais qui désormais est devenu «optionnel»)
Le fait de ne pas avoir adhéré à « LA pensée unique » imposée par le staff fédéral m’a sans aucun doute grillée.
Mais je sais pourquoi je fais du sport, ce que j’en attends d’un point de vue de mon épanouissement personnel et qu’est ce qui est vecteur de ma performance et ce qui ne l’est pas, même si je reste ouverte sur les choses.
Dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas, prendre ces responsabilités et les assumer font qu’il était plus facile de sacrifier une «tête» que de devoir se remettre en question pour certains.
Avec le recul, je ne regrette pas mon choix car je ne suis pas un pion que l’on balade.
Il est vrai que j’ai un peu de rancœur sur la façon dont cela s’est fait, sur le manque de « classe ».
Mais venant de la part d’un panier de crabes faux-cul (oups … excusez moi pour mon écart de langage) il n’y avait finalement pas plus de considération et de respect à attendre de leur part.
- En quoi l'ambiance est-elle différente sur les deux circuits, ou entre athlètes des deux circuits ?
Trouves-tu des valeurs communes aux deux milieux, ou sont-ce deux mondes totalement différents à ton sens ?
L’ambiance n’a rien à voir.
Sur XTERRA (je l’avais également ressenti sur le 70.3 de Monaco) il n’y a pas ce fossé entre « élites » et « masse », ce qui permet d’être plus ouvert, de partager et d’apprendre beaucoup des uns et des autres, dans un sens comme dans l’autre.
Il y a un respect mutuel entre les 2.
L’ambiance est plus décontractée.
Avant d’arriver dans ce monde j’avais peut être certains préjugés dus à ce que j’avais connu sur le circuit type coupe du monde ou « courte distance »
Ce dernier se veut, je trouve, très élitiste et beaucoup dans le paraître.
Le fait d’être en vase clos était quelque chose de pesant pour moi et limite l’évolution de soi.
- Pensais-tu pouvoir rivaliser d'emblée avec les meilleures sur XTerra comme tu l'as fait ?
Il est vrai que cette année j’ai un peu créée la surprise (aux autres mais également à moi même) en m’imposant sur le Tour Européen et en décrochant le bronze aux Championnats du Monde.
J’ai su saisir ma chance sur certaines courses.
Cette 1ère saison complète de XTERRA a été « magique ».
J’ai vécu celle ci à fond, tant sur le plan émotionnel que physique.
Le plaisir associé au sérieux et au travail a porter ses fruits bien au delà de ce que j’avais pu imaginer.
L’an prochain sera forcément un peu différent car je serai désormais attendue, mais cela ne me dérange pas car ça fait partie du jeu !
- Tu as progressé - en VTT notamment - à vitesse grand V - quel apprentissage as-tu suivi pour appréhender aussi vite les spécificités du XTerra ?
L’avantage que j’avais c’est qu’en VTT pur je ne partais pas de grand chose !
J’avais 2 axes de travail : physiologiquement et techniquement
L’importance de la partie vélo (2/3 du temps de la course), la spécificité physique et technique du vtt, sans oublier de prendre en compte la «résistance musculaire» en course à pied étaient des choses toutes nouvelles pour moi.
Il me fallait donc adapter mon entraînement à ces exigences, modifier, sans savoir au départ si j’allais vraiment réussir à encaisser ce type de travail, le temps que cela prendrait pour que les choses se mettent en place, et réussir à retranscrire sur le terrain en compétition.
Certaines qualités musculaires ne peuvent pas se gagner en un an et il faut de la patience et du travail.
J’ai donc encore une marge de progression, notamment en endurance de force ou en explosivité par exemple (hey hey plus facile à dire qu’à faire !).
Pour l’aspect technique … c’est là qu’on va se marrer :
Pendant des mois ma copine se nommait pommade à l’Arnica spécial hématomesssssss ! Trop la honte de me mettre en jupe ou d’aller à la piscine avec mes jambes pleines de croûtes et de bleues !
Un ami que je remercie énormément m’a enseigné les bases : le genre de trucs qu’on apprend aux gamins en école de cyclisme vtt.
Des gamelles … j’en ai prises !!!
J’avais bricolé (à l’abri de regard moqueurs lol) des ateliers de travail technique, je me suis beaucoup renseigner, j’ai écouté des conseils, appris, lu, expérimenté … oui oui on peut parler d’acharnement !
Participer à des courses de VTT aux côtés de spécialistes m’a fait énormément progresser (et flipper parfois !). Je me rappelle qu’au départ de ma 1ère Coupe de France VTT à laquelle j’ai participé je me suis demandée ce que je faisais là et comment j’aillais réussir à passer le fossé en bas de la descente à pic sans me manger le gros tapis en mousse !
Tout cela mis bout à bout ont fait que j’ai finalement très vite comblé cette carence technique, tout du moins pour le XTERRA.
- Etait-ce un pari risqué pour toi de passer du DO au XTerra, ou savais-tu que tu avais les capacités de rebondir, de réussir, sur "off road" ? as tu crains à un moment l'échec ?
Un pari risqué ? Je ne mettais pas non plus ma vie en jeu !
Le fait d’avoir eu un niveau international en triathlon classique, ma « petite flamme » pétillant de nouveau, le plaisir que j’avais dans ce que je faisais … me laissait penser que je parviendrai à m’exprimer à un moment donné.
Je ne suis pas quelqu’un qui subit les choses. J’ai toujours su aller de l’avant.
L’échec … à partir du moment où on se donne les moyens de réussir, forcément on a toujours une petite crainte ou appréhension.
Mais cela ne doit pas transformer l’envie de bien faire par la peur de bien faire !
- Tu as signé avec un team italien je crois - peux tu nous expliquer en quoi cela consiste exactement ?
Et va-t-on continuer à te voir sur le Grand Prix avec les filles de Montpellier ?
En effet, j’ai récemment fait l’annonce officielle de mon intégration dans le TEAM CREMONA STRADIVARI.
L’approche est très différente du « fonctionnement français ».
Le système et la gestion sont très professionnels, avec essentiellement des sponsors privés, une structure de communication et des moyens financiers.
Les italiens sont « fan » de Xterra, donc cela était une bonne opportunité pour moi et mon projet.
Montpellier a décidé pour de multiples raisons de stopper son équipe de D1.
D’un point de vu personnel, je dois bien avouer que courir des 5kms en trifonction aux 4 coins de la France ne me faisait plus particulièrement vibrer.
Mais j’ai été contente de vivre mes 2 dernières années de GP au sein de Montpellier, où l’ambiance était sympa et où je devais assumer mon rôle de « capitaine » (en fait clown de l’équipe)
- Ton frère a quitté aussi le monde du triathlon pour connaître une seconde carrière dans une autre discipline.... est ce que tu vois un parallèle entre vos deux trajectoires, des similitudes...
comment as tu vécu le fait qu'il arrête le triathlon ?
quel regard portes-tu sur son parcours, du tri au trail ?
C’est sous l’influence de mon frère que j’ai commencé le triathlon.
Je me rappelle encore des déplacements que l’on faisait ensemble sur les courses et qui restent d’excellents souvenirs.
Lui a choisi de se diriger sur le trail qui lui correspondait plus pour de multiples raisons et qui était également plus compatible avec ses études de kiné.
J’ai tout à fait compris sa décision et je suis contente qu’il ait trouvé son équilibre et son épanouissement dans cette discipline.
Il a été et est pour moi quelqu’un d’important dans ma vie, que je respecte et admire également (là on sent la p’tite sœur qui parle de son grand fréro !)
Thomas et moi sommes très différents dans nos caractères, et donc dans la façon d’aborder certaines choses.
Il n’y en a pas un qui a plus raison que l’autre. Au contraire c’est très enrichissant pour l’un comme pour l’autre.
Mais nos valeurs sont les mêmes (dues en grande partie à notre éducation), notamment celle du goût du travail, de la rigueur, sans pour autant que cela soit au détriment du plaisir et de l’amusement ou encore de la modestie.
Même si nous avons des trajectoires différentes, nous avons été confronté tous 2 à un prendre des décisions quant à l’orientation de notre pratique sportive et ce qui compte c’est que chacun soit en harmonie avec ses choix.
- Comment va s'articuler ta saison 2011, avec quels objectifs, quelles courses ?
2011 sera très … XTERRA !
Je vais participer en intégralité au circuit européen ainsi que quelques étapes de l’Xterra Italian Tour.
L’ITU se lance également dans le triathlon « off road » en mettant en place un championnat du Monde et d’Europe de CrossTiathlon.
Les championnats du Monde de Xterra à Maui en octobre clôtureront ma saison.
Je prendrai également part à des courses de vtt (Coupe de France entre autres) avec le team Scott France que j’ai intégrer cette année.
D’autres compétitions type trail ou triathlon trouveront leur place en courses de préparation.
- D'un côté professionnel, la diététique est la voie que tu sembles avoir choisi ; comment cela influence-t-il aujourd'hui ton quotidien, quelles perspectives imagines-tu autour de cette notion, ce métier ?
Je suis passionné par le domaine de la diététique. C’est la raison pour laquelle j’ai décidé d’en faire mon métier.
Actuellement j’ai un D.E.S. en nutrition de sport et suis sur le point de finaliser mon D.E.
Je donne également des cours de nutrition du sport au CREPS de Vichy. Enseigner est quelque chose que j’apprécie énormément et qui permet aussi d’apprendre beaucoup sur les autres et soi même.
J’effectue également le suivi nutritionnel de quelques athlètes du centre d’entraînement.
Dans le quotidien inutile de vous démontrer que la diététique fait partie intégrante de la santé, du bien être et de la performance (oulà attention si je commence, je ne vais plus pouvoir m’arrêter !).
L’entraînement et/ou les compétitions occupe pas mal de temps dans mes journées, mais pour mon équilibre j’ai besoin de rester connectée à la « vraie vie sociale », de garder un travail intellectuel afin de ne pas sombrer dans la monotonie de l’entraînement en exclusivité.
La nutrition est un domaine dans lequel on doit sans cesse évoluer, se former pour progresser.
J’ai dans un coin de ma tête un projet, mais vous en saurez pas plus pour le moment …
- Où seras-tu les 7/8 août 2012 (jour de l'épreuve de triathlon aux JO de Londres) ?
Sur le ponton de départ pour participer à la course des J.O. … mais non je plaisante !
A l’heure actuelle je ne sais pas ?
Peut être devant ma télé, mais je n’en suis pas complètement sûre … ???
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